Paysages en mutation — Peindre le temps
Dans mes peintures récentes, réalisées à Courtemont-Varennes et à Damery en 2025 et 2026, je travaille le paysage comme un espace en transformation, traversé par le temps, les saisons, les déplacements du regard et les bouleversements de notre environnement.
Je pars de lieux réels, observés et parcourus, mais la peinture ne cherche pas à en restituer une image fidèle. Elle devient plutôt un espace de perception, de déplacement et de mémoire. Le paysage se transforme avec le point de vue : selon l’axe depuis lequel je l’observe, ce qui semblait stable se déplace, les lignes se modifient, les profondeurs apparaissent autrement. Un même lieu peut ainsi devenir plusieurs paysages.
La peinture m’intéresse précisément pour cette capacité à retenir ce qui est en train de disparaître ou de se transformer. Elle constitue une trace pérenne face à un monde qui, lui, ne cesse de changer. Le geste de peindre ralentit le temps et permet de conserver une expérience du paysage, une lumière, une structure, une sensation, tout en laissant apparaître les incertitudes de ce qui vient.
Les paysages de Champagne que je peins sont aujourd’hui soumis à des transformations profondes. Le réchauffement climatique modifie les cycles de la végétation, les cultures, les sols, les couleurs et les temporalités du vivant. Les paysages viticoles eux-mêmes évoluent. Ce qui paraît immuable est en réalité en mouvement.
Je cherche à inscrire cette mutation dans la peinture, sans nécessairement la représenter de manière littérale. Les variations de formes, de couleurs, de matières et de lignes deviennent les signes d’un paysage qui change. La peinture se situe alors dans un entre-deux : entre observation et imagination, entre ce qui a été et ce qui pourrait advenir.
À Courtemont-Varennes comme à Damery, je travaille ainsi sur la relation entre le paysage présent et les paysages possibles. Chaque toile devient une sorte de fragment de temps : elle garde la mémoire d’un lieu à un moment donné tout en ouvrant une projection vers le futur.
Peindre devient alors une manière de faire mémoire, mais aussi d’interroger ce que nous sommes en train de transmettre. La toile conserve une trace tandis que le paysage continue son évolution. Elle devient le lieu d’une tension entre permanence et changement, entre mémoire et devenir.
Ce qui m’intéresse finalement est moins le paysage comme représentation que le paysage comme expérience du temps. Observer, déplacer son regard, revenir sur un même lieu, constater ses transformations : la peinture accompagne ce mouvement.
Elle tente de retenir quelque chose de ce qui passe, tout en acceptant que rien ne demeure exactement identique.
Peindre le paysage, c’est alors garder la mémoire d’un monde en mouvement — et regarder, dans la même image, ce qui a été, ce qui est et ce qui pourrait devenir.